9 Juil

Affronter nos peurs

On parle souvent de « La PEUR » ! Comme si nous n’en avions qu’une !

Nous sommes pleins de peurs plus ou moins inconscientes : peur de souffrir, peur de perdre, peur d’être abandonné, de ne pas être aimé, pas reconnu, peur de perdre le contrôle, peur de ne pas être à la hauteur d’une situation, peur de se tromper, peur de réussir ( et oui) , peur de vieillir et, pour certains, la pire de toute : la peur de mourir.

La peur est inscrite dans notre cerveau reptilien, cette partie du cerveau chargée de la survie de l’Espèce qui provoque nos réactions instinctives de défense (de fuite, d’attaque, ou d’inhibition) dans les situations de danger. A ce sujet, je vous conseille vivement de voir l’excellent film à propos d’Henri Laborit qui a élaboré une théorie toute simple de la neurobiologie des comportements humains face au danger (1)

Seuls des êtres totalement « Eveillés » ou totalement « inconscients » peuvent dire qu’ils n’ont peur de rien. Et encore ! Je ne suis ni l’un ni l’autre. Il y a peu de temps, encore, je pensais être sur le chemin de la libération de mes peurs, en bon psy qui se respecte (!) jusqu’à ce que je tombe malade et qu’au bout de 3 mois, épuisée physiquement et sans défense, je me retrouve en proie à des crises de panique avec des sensations de mort imminente.

Au cours des 35 dernières années, j’ai aidé des milliers de personnes à dépasser ces états de peur intense, surtout après des agressions, des accidents ou des catastrophes. Plutôt du style « kamikase », ça faisait 60 ans que j’avais tout fait pour défier la mort : j’ai frôlé la mort 3 fois, suivi une psychothérapie, empêché les gens de souffrir ou même de mourir en étant thérapeute, passé ma vie à lutter contre les injustices, et j’en passe… Tout ça pour éviter de prendre conscience d’une seule et fondamentale évidence : je suis mortelle et ce corps finira par disparaître un jour.

Nous le savons tous, mais, entre le savoir et le vivre en conscience : il y a un abime.

J’ai vécu une sorte de libération devant cette simple vérité dont parle le Tao : tout nait, tout grandit, évolue, donne ses fruits et retourne à la terre pour donner le compost qui nourrira l’humus de la génération suivante .

Toutes les autres peurs semblent s’interposer entre nous et cette conscience, comme des écrans de fumée pour éviter de nous confronter à la perspective de notre finitude.

D’aucun pense qu’on ne pourrait pas vivre si nous avions en permanence cette conscience de la mort (2) En réalité, c’est d’en avoir conscience qui rend le présent aussi précieux ! Précieux comme un cadeau car le « présent » est un cadeau, c’est bien connu ! C’est d’en prendre conscience qui nous oblige à faire des bilans, à nous reposer la question de nos priorités dans la vie.

Quelles sont nos priorités ?

Pour ma part, j’ai fait ma liste:

« Gagner ma vie » oui, mais à quel prix !

J’entends toujours les mêmes objections : « Il faut bien travailler et gagner de l’argent pour vivre ! Assurer notre subsistance et l’éducation de nos enfants, pour qu’ils aient un bon métier et qu’ils réussissent dans la vie … »

« Réussir ma vie » pourrait être un meilleur enjeu, comme une sorte de défi qui donnerait un sens à tout ça ! Parce que, si tout ça n’avait pas de « Sens », à quoi bon ?

Quelle sens donnons-nous à la « Réussite » ?

Être bien dans sa peau ou avoir assez d’argent à dépenser en cosmétique, soin du corps, massages, lifting, coaching et autres « ing » de tous poils ?

« Gagner sa vie », signifie gagner de l’argent , mais quand je vois tous ces gens qui passent leur temps à courir après l’argent tout en « perdant leur vie », je me pose des questions.

Nous avons trop confondu « vie » et « quotidien ». Quoique, si on s’en réfère à la Bible, Dieu (pour les croyants) est censé pourvoir à « notre pain quotidien » puisqu’on le lui demande dans nos prières. Mais pour ça il faut avoir la foi et une sacrée confiance. On pourrait même dire une « confiance sacrée » !

Le problème c’est qu’on veut plus que « du pain », on veut aussi « du beurre dans les épinards » et puis, un peu plus encore, une belle maison, une belle voiture et pleins d’autres choses que la publicité nous vend comme étant indispensables à une « bonne vie », sans oublier toutes les assurances qui sont là, pour nous « rassurer » Et si nous avons besoin d’être rassurés c’est que nous avons peur ! CQFD …

Récemment, j’ai beaucoup perdu : d’abord mon argent et mes sécurités, ensuite ma santé. Alors, pendant un moment, je me suis posée la question : Pourquoi tant de haine ? Qu’ai-je fais au Bon Dieu pour qu’il me punisse de la sorte ? Puis, j’ai compris, un jour que je n’avais rien fait du tout qui mérite la colère divine, parce qu’il n’y a pas de vengeance divine, il n’y a que l’amour, à commencer par l’amour de soi.

Non, il n’y a pas de « facture » à payer parce qu’on aurait été trop heureux, ou trop méchant. (3)

S’il y a faute, et là, je suis mon propre juge, c’est de m’être oubliée. C’est d’avoir oublié que mon corps est un « outil » (peut-être divin ?) en tout cas, bien pratique pour que je puisse sentir et profiter de la VIE. Bien utile, aussi, pour traduire mes pensées sur cet ordinateur et vous transmettre le fruit de mes réflexions.

C’est grâce à lui, que je peux goûter, apprécier, humer la beauté du monde et contempler les merveilles de l’univers. Merci mon corps !

J’en ai déduis que si je suis là, aujourd’hui sur cette terre, minuscule point dans l’Univers, c’est peut-être le fruit « du hasard ou de la nécessité », je n’en sais rien et je laisse cette réflexion aux philosophes, en attendant, autant « Vivre Le Mieux » possible. En équilibre et en santé avec mon corps, mon cœur et mon esprit. Ça c’est le défi.

Réaliser que je suis en vie, c’est déjà beaucoup !

Et puis, il y a cette « Conscience d’être » que j’ai reçu aussi en bonus ! Si je n’avais pas conscience de moi, des autres, de la nature, de la vie du monde, je ne pourrais même pas « me prononcer », à savoir parler en mon Nom. Ça, c’est ma liberté.

Au delà de toutes les morales, de ce qui doit se faire ou pas, de ce qui est bien ou mal, il y a « ce que je pense » et ce que je peux exprimer de ma perception des choses, de ma petite vérité. Et, bien au delà même de mon « petit moi » il y a cette conscience de ce « Je SUIS » qui ne peut pas mourir.

Est-ce que tout ça m’enlève la peur de mourir ? Non, j’ai encore ( un peu ) peur,  pour moi, bien sûr, parce que j’aime la vie, mais, entre nous , la vraie souffrance est de penser à mes proches, ma famille, mes amis, tous ceux auxquels je pourrais manquer ( en tout cas, mon « petit moi » l’espère !)

Raison de plus pour vivre intensément au présent et ne jamais rater une occasion de leur dire qu’on les aime.

EXERCICE pour FAIRE FACE à Vos PEURS

  1. FAITES LA LISTE DE VOS PEURS

  2. FAITES LA LISTE DE VOS PRIORITÉS DANS VOTRE VIE (Vous verrez que certaines peurs vont disparaître et d’autres vont persister.)

  3. PRENEZ LES PEURS QUI RESTENT , L’UNE APRÈS L’AUTRE

  4. PRONONCEZ À HAUTE VOIX TOUT EN RESPIRANT TRANQUILLEMENT à chaque affirmation

    « Je reconnais que j’ai peur de … je l’accepte,

     je sais que c’est l’enfant , en moi qui a peur …

    Toi , petit(e) « prononcez votre prénom « ,  je te reconnais et je t’accepte,

    JE SUIS LÀ pour te PROTÉGER .

    Tu as le droit d’avoir peur et de le dire ou de l’exprimer, mais SOUVIENS-TOI , ce n’est pas réel,

    dans le PRÉSENT , TU ES EN PARFAITE SÉCURITÉ, et au moment voulu, je serai là. Je t’aime

Vous pouvez varier avec :

« Je reconnais et j’accepte de ressentir cette peur, mais, je me donne la permission, exceptionnelle, pour quelques minutes de me sentir au présent.

Là, dans le présent, je suis en parfaite sécurité, rien que de ce que j’imagine n’est réel.

Tout est dans ma tête. C’est mon enfant intérieur qui a peur.

Moi, l’adulte,  je suis là.

Dites-lui que vous l’aimez:  « Moi l’adulte, je suis là, tu peux t’apaiser et te calmer, j’ai, en moi, toutes les ressources pour te protéger, et je serai là , chaque fois que tu en auras besoin. Je t’aime  »

Je voudrais vous offrir, pour terminer, cette phrase tirée du livre : « La peur » de Thich Nath Hanh (aux éditions Trédaniel)

« Invitez votre peur dans votre conscience et souriez-lui ; chaque fois que vous souriez à travers votre peur, elle perd un peu de sa force. Si vous essayez de fuir votre souffrance, il n’y a aucune façon d’en sortir. La seule façon de trouver une issue est de regarder profondément dans la nature de votre peur »

Prenez soin de vous

Claude

(1) A voir absolument le superbe film sur Henri Laborit réalisé par Alain Resnais : « Mon oncle d’Amérique »

(2) Dans « la voie du Guerrier » Carlos Castanéda, parle d’un rituel amérindien qui consiste à marcher avec la conscience de sa mort à un mètre derrière soi, sur sa gauche.

(3) Notre éducation nous a formatés ( conditionnés) dans le sens de la récompense ou de la punition : « Si tu es bien sage, on aura une image », ou que « Tout travail mérite salaire ». Cette même éducation nous a inculqués l’idée que c’est encore mieux si on souffre pour obtenir ce qu’on désire : « Il faut souffrir pour être beau » on « a rien sans rien » et, la meilleure  de toute, cette malédiction de la Génèse dans la Bible « Tu gagneras ta vie à la sueur de ton front » qui pèse encore sur nous des millénaires plus tard. Pas étonnant que le Travail ( en latin Tripallium : instrument de torture ) soit perçu comme en enfer !